26/11/2007

 

Les maçons roumains ont cru à l'Eldorado


Angelus (à gauche) et d'autres hommes passent leur journée à Saint-Philbert-de-Grandlieu en attendant de percevoir leur salaire.

En Loire-Atlantique, trois patrons du bâtiment ont été mis en examen pour travail dissimulé. Depuis, des maçons roumains attendent d'être payés pour rentrer chez eux.

On leur avait promis beaucoup d'argent. Ils y ont cru. Jusqu'au bout. Angelus et les autres. L'espoir a pris la couleur du dépit et de la colère. Des hommes entre la vingtaine et la cinquantaine sont cloués dans un gîte au château des Brétaudières, du côté de Saint-Philbert-de-Grandlieu (Loire-Atlantique). Ils attendent d'être payés pour rentrer chez eux en Roumanie. Leur patron a mis la clef sous la porte le mois dernier.

Une liquidation judiciaire qui sonne comme la fin d'une chronique annoncée. En effet, dès le mois de juin, le procureur ouvre une information judiciaire « pour travail dissimulé, marchandage et prêt de main-d'oeuvre illicite ». Les gendarmes opèrent deux coups de filet successifs. Une cinquantaine de personnes (1) sont interpellées, des Roumains, des Polonais soupçonnés de travail dissimulé. Ils ont été recrutés par une entreprise roumaine pour le compte d'une société française. Les patrons sont de la même famille.

1,60 € pour manger

Les premières interpellations ne mettent pas un coup d'arrêt à l'entreprise. Elle est placée en redressement judiciaire. Mais elle fait signer des contrats de six mois, en règle cette fois, à une quinzaine de maçons.

Les ouvriers continuent donc de travailler. Toujours dans les mêmes conditions. « On part le matin vers les 7 h. On revient entre 20 h et 21 h ». Des journées à rallonge, samedi compris. On est loin des 35 heures normalement payées 1 250 € (comme indiqué sur le contrat de travail).

Les hommes turbinent aux quatre coins du département : Bouvron, La Chapelle-des-Marais, Guenrouet... Construisent de futurs pavillons dans des lotissements. « C'était dur, confie Angelus, mais ça reste mieux payé qu'en Roumanie. » Pas tous les mois. « On attend toujours notre paye de juin et juillet. Ces mois-là, on a juste reçu 1,60 € par jour pour manger », rouspète un ouvrier dans un français hésitant. Père de trois enfants, il dit ne pas avoir assez d'argent pour rentrer chez lui. « Le mois dernier, on a été payés mais j'ai envoyé 500 € chez moi. »

La boîte a été liquidée. Aujourd'hui, c'est un mandataire judiciaire qui se charge de payer les salaires. « Leur droit sera respecté », assure-t-il. Mais les ouvriers ne verront ni la couleur de leur premier mois de travail ni leurs heures supplémentaires.

L'affaire dans laquelle trois personnes sont mises en examen est toujours à l'instruction. « Des histoires toujours complexes. Et un vrai tonneau des Danaïdes, commente un observateur. Une entreprise ferme, une autre ouvre. Le secteur du bâtiment est vérolé. Il y a des pavillonneurs qui imposent des prix extrêmement bas et demandent même une commission à des entreprises du bâtiment. Et qui, pour obtenir les marchés, ne respectent plus la loi. » La porte ouverte à tous les abus.

La Fédération française du bâtiment avait déjà réagi dans nos colonnes, dénonçant le travail illégal « source de concurrence déloyale ». Elle travaille sur des cartes d'identification professionnelle des salariés du BTP. Angelus et les autres ne se résignent pas. Toujours prêts à revenir travailler en France.

Marylise COURAUD.

 

(1) Certains ouvriers ont depuis été reconduits à la frontière. D'autres ont signé un nouveau contrat de travail.

07:14 Écrit par klara dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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